Retour sur la bataille de Saint-Valery-en-Caux et Veules-les-Roses, dont on célèbre le 80e anniversaire.

 

Notre compagnon Benjamin GORGIBUS était présent à Saint-Valéry en Caux et à Veules-les-roses.

 

Il y a quatre-vingts ans, le plateau de Caux subissait de plein fouet la Seconde Guerre mondiale.

 

Les commémorations ont lieu jeudi 11 juin 2020 à Saint-Valery-en-Caux et samedi 13 juin 2020 à Veules-les-Roses.

 

La journaliste de PARIS-NORMANDIE ÉLÉONORE SINOQUET a réalisé un brillant article bien documenté repris ci-dessous. Il a été publié le 11 juin 2020 par son journal.

Il aura fallu trois jours, les 10, 11 et 12 juin 1940, aux Allemands pour atteindre le plateau de Caux, puis le front de mer de la côte d’Albâtre et plus particulièrement Saint-Valery-en-Caux et Veules-les-Roses. En cette année 2020, c’est le 80e anniversaire d’une bataille historique. L’espoir de l’évacuation, réussite pour certains, mais surtout la captivité pour les autres... Cette bataille a marqué les esprits et le début de l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette bataille sera commémorée à partir de jeudi 11 juin 2020 à Saint-Valery-en-Caux et de samedi 13 juin 2020 à Veules-les-Roses.

 

La percée du pays de Caux pour rejoindre la mer

Tout commence le 5 juin 1940. Les Allemands brisent le front de la Somme. Cinq divisions, Françaises et Britanniques (les 31e et 40e divisions d’infanterie, les 2e et 5e divisions légères de cavalerie et une division écossaise, la 51e Highland), qui défendaient cette ligne, battent alors en retraite. L’objectif est de rejoindre Le Havre pour pouvoir évacuer en embarquant sur des navires. Mais peu y arriveront.

Après avoir pris Rouen le 9 juin, puis Yvetot, les Allemands de la 7e Panzer division, conduite par le général Erwin Rommel, réussissent à couper la route du Havre. En passant ensuite par Fauville-en-Caux (aujourd’hui Terres-de-Caux), ils arrivent à atteindre la mer au niveau des Petites-Dalles, le 10 juin. Des blindés allemands encerclent ensuite Fécamp. La ville tiendra jusqu’au lendemain, le 11 juin. Le combat dura vingt-six heures.

 

Plus haut sur la côte d’Albâtre, la 5e Panzer division, commandée par le général Von Hartlieb, avance vers Tôtes. Après d’âpres combats et une résistance héroïque de la part des Alliés, à Biville-la-Baignarde et Doudeville notamment, toute la journée du 10 juin, la 5e Panzer division attaque Sotteville-sur-Mer vers 17 h, le 11 juin. Les Allemands gagnent ensuite Blosseville. Au soir du 11 juin, les Allemands ont percé le pays de Caux et encerclent Saint-Valery-en-Caux et Veules-les-Roses, désormais prises au piège.

 

Une situation impossible pour évacuer

À Saint-Valery-en-Caux, les troupes françaises et britanniques devaient traverser la ville pour rejoindre leur objectif, Le Havre. Mais la route de la mer étant coupée au niveau des Petites-Dalles, les soldats sont obligés de rester dans la cité maritime. Le 10 juin au soir, Rommel et la 7e Panzer prennent également Veulettes-sur-Mer et se rapprochent de Saint-Valery. Toute la journée du 11 juin, les Allemands font pression pour percer la défense de Saint-Valery. Les troupes alliées défendent le périmètre autant qu’elles le peuvent. Des bateaux sont attendus pour le 11 juin au soir. Mais l’artillerie de Rommel gagne la falaise aval au niveau de la chapelle du hameau Saint-Léger à 20 heures. Les Allemands positionnent alors leurs canons et bombardent la place du marché, la plage et les navires au large. Le port est à demi détruit, l’hôtel de ville est en feu. Des soldats, voyant Saint-Valery en flammes, tentent de rallier Veules dans la nuit par la plage ou la falaise.

Dans le même temps, à Veules-les-Roses, à 6 h du matin le 11 juin, les troupes allemandes sont positionnées à l’entrée du village. Elles bombardent, détruisent une trentaine de maisons et tuent un grand nombre de civils et de militaires. Au soir, la défense tient toujours, mais les liaisons sont désormais coupées.

 

Le 12 juin, au petit matin, alors que les combats s’intensifient, une trentaine de navires britanniques, belges et français croisent au large et à Veules-les-Roses, les chaloupes font les allers-retours tant bien que mal entre la plage et les bateaux, chargés d’évacuer. Les troupes tentent de protéger la plage. Du côté de Saint-Valery-en-Caux, les bombardements aériens et terriens dus aux canons de Rommel empêchent le rapprochement des navires de la plage et rendent impossible l’évacuation.

 

46 000 prisonniers de guerre selon Rommel

À 6 h 30 le 12 juin, de violents combats éclatent entre blindés allemands et troupes françaises, coordonnées par le colonel René de Reboul, du côté de Veules-les-Roses. Deux heures et demie plus tard, à 9 h, les munitions sont épuisées. Les Français se rendent.

 

Il en sera de même pour Saint-Valery-en-Caux. Acculé, à 9 h, le général français Marcel Ihler, à la tête du IXe corps d’armée, contacte son état-major et décide de stopper les combats. L’ordre est ensuite diffusé dans les troupes. De son côté, le général écossais Victor Fortune de la 51e Highland division prend, un peu plus tard, la même décision. À 11 h, la reddition des Alliés a sonné. C’est la fin d’un long combat.

Durant la bataille, environ 3 500 hommes à Veules-les-Roses et 1 100 hommes à Saint-Valery-en-Caux seront évacués. Rommel inscrivit dans ses mémoires avoir fait prisonniers environ 46 000 hommes. Ces soldats furent ensuite emmenés dans des Stalags en Allemagne, des camps de prisonniers de guerre destinés aux soldats et sous-officiers. Trois navires auront également été coulés, dont le tristement célèbre patrouilleur Cérons, échoué sur un banc rocheux. L’épave est d’ailleurs toujours visible lors des grandes marées sur la plage de Veules-les-Roses et son canon forme désormais le Mémorial de la falaise.

 

Pour Saint-Valery-en-Caux et Veules-les-Roses commence alors l’occupation allemande. Il faudra attendre 1944 pour la libération.

 

Article réalisé avec le concours de Benjamin Gorgibus, adjoint à la mémoire à Saint-Valery-en-Caux, Jean-Louis Angelini, de l’association Pays de Caux Terre d’Histoire, basée à Doudeville, et Rémy Tois, de l’association Regards cauchois.